Le constat est amer, mais il est partagé par toute une nation : la politique à Madagascar ne roule plus sur les bons rails. Ce n'est plus un secret de polichinelle, c'est une réalité quotidienne que le peuple malgache subit de plein fouet.
Pour s'en convaincre, il suffit de feuilleter la presse locale de ces dernières années. Les gros titres des journaux comme L'Express de Madagascar ou Midi Madagasikara oscillent constamment entre l'absurde et le désolant. On y lit des récits de sessions parlementaires désertées par les députés, sauf lorsqu'il s'agit de voter des avantages personnels ou des véhicules de fonction. Les affaires de détournements de fonds publics et les scandales de corruption font la une, souvent suivis d'un silence radio judiciaire ou de règlements de comptes politiques par médias interposés. Récemment encore, les débats autour des lois électorales et les retournements de veste spectaculaires de certains politiciens ont fini de prouver une chose : la scène politique malgache manque cruellement de clarté, de transparence et d'assainissement.
La démocratie du public : De citoyens à spectateurs
En effet, la pratique politique sur la Grande Île est à des années-lumière des aspirations profondes de la population. Chez nous, la gestion des affaires publiques s’est transformée en un immense concours de popularité. C'est ce que l'on appelle la Politique Spectacle.
« La politique spectacle, c'est ce moment de dérive où l'action publique s'efface au profit du divertissement. Les dirigeants et les prétendants au pouvoir ne cherchent plus à convaincre par des programmes solides, chiffrés et réalistes. »
Ils préfèrent miser sur des techniques de communication agressives, des petites phrases assassines destinées à faire le buzz sur les réseaux sociaux, ou des "coups de com'" savamment orchestrés lors de distributions de dons très médiatisées.
Le politologue Bernard Manin a théorisé ce phénomène sous le concept de « démocratie du public ». Dans ce modèle, les institutions se vident de leur substance et les électeurs perdent leur rôle d'acteurs démocratiques. Ils deviennent de simples spectateurs, assis dans l’arène, condamnés à réagir à la performance physique, esthétique ou rhétorique des acteurs politiques.
Cette forme de gouvernance est, certes, "jolie à voir" sur les écrans et les affiches publicitaires. Mais ce n'est que de la poudre aux yeux. Derrière les sourires de façade, les inaugurations en grande pompe et les promesses scintillantes, se cache un vide idéologique abyssal qui plonge le citoyen malgache dans un état de confusion et de résignation encore plus profond qu’auparavant. Pendant que le spectacle continue, les vrais problèmes — l'inflation, l'insécurité, le délestage chronique et le manque d'infrastructures de base — restent sans réponse.
Pour un sursaut national : La politique de la redevabilité
Si nous voulons réellement avancer et sortir Madagascar de cette impasse, il est temps que nos dirigeants changent radicalement de paradigme. Il faut substituer à cette politique de l'apparence une politique de fond axée sur la redevabilité et le développement participatif.
Une politique de la redevabilité implique un contrat social renouvelé entre l'État et le citoyen. Concrètent, cela se traduit par :
- L'obligation de résultats : Les ministères et les collectivités ne doivent plus être évalués sur leurs intentions ou leurs campagnes de communication, mais sur des indicateurs précis et mesurables (nombre d'écoles construites, kilomètres de routes réhabilités, baisse du taux de malnutrition).
- La transparence budgétaire : Chaque ariary public dépensé doit pouvoir être tracé par les citoyens et les institutions de contrôle indépendantes.
- La décentralisation effective : Donner le pouvoir de décision et les ressources financières directement aux communes et aux fokontany, là où les besoins réels de la population sont connus, loin des projecteurs de la capitale.
En somme, Madagascar ne peut plus se payer le luxe de nourrir des illusions d'optique. La politique spectacle a montré ses limites : elle amuse la galerie mais elle affame le peuple. Le temps est venu de baisser le rideau sur ce théâtre d'ombres. Pour que la Grande Île retrouve sa dignité et sa trajectoire de croissance, elle n'a pas besoin de stars de la communication, mais d'artisans du développement, de leaders intègres prêts à troquer les estrades de campagne contre le travail rigoureux de l'ombre. L'avenir du pays en dépend.